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samedi 29 décembre 2007

Il y a 40 ans à peine, c'était en France ...

Quand l'actualité nous offre de riches comparaisons. Alors que depuis plus d'un mois je témoigne de la politique très conservatrice du gouvernement et de l'Eglise philippins sur la contraception, nous fêtons aujourd'hui même les 40 ans de la loi sur la contraception en France !
Les archives sont là pour nous enseigner les débats d'alors, et figer des craintes qui ont bien disparu depuis. Les mêmes forces en présence qu'aux Philippines, de l'Eglise aux mâles dominants. Je ne ressortirai qu'un extrait édifiant de ces débats... C'était il y a 40 ans, en France

(...)
"SOLUTION DE FACILITÉ"

Pour Jacques Hébert (Manche), "la pilule est dangereuse. (...) Nous avons le devoir, nous qui sommes, en tant que législateurs, responsables devant les générations futures du patrimoine biologique des Français, de ne pas autoriser la diffusion de produits dont les conséquences lointaines sont encore très mal connues." Et d'ajouter : "Détruire la vie avant la fécondation, après la fécondation, avant la nidation, après la nidation, revient au même sur le plan de l'éthique." Pour le député Claude Peyret (UDR, Vienne), "le désir de recourir à des méthodes contraceptives procède toujours d'un même besoin d'obtenir une sorte d'assurance contre la grossesse, que certains souhaiteraient inclure dans la Sécurité sociale". Pour l'élu, c'est une "solution de facilité qui voudrait remplacer la maîtrise de soi, quand celle-ci doit être le but de toute éducation."

Jean Coumaros (Moselle) juge "regrettable qu'un tel projet ne puisse être discuté à huis clos, comme aux assises quand il s'agit d'affaires de moeurs". Selon le député, "les enfants ne sont pas toujours engendrés par la réflexion et par la raison, mais dans un élan d'amour irrésistible, comme l'exigent la nature et l'instinct de continuité de l'espèce humaine." Avec la pilule, affirme M. Coumaros, "ces effusions périront dans le néant. Les maris ont-ils songé que désormais c'est la femme qui détiendra le pouvoir absolu d'avoir ou de ne pas avoir d'enfants en absorbant la pilule, même à leur insu ? Les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde et les femmes ne seront plus qu'un objet de volupté stérile."

Les députés adoptent définitivement le texte en deuxième lecture le 14 décembre 1967. La loi Neuwirth n'entrera en vigueur qu'en 1969, les décrets d'application étant longtemps restés bloqués sous la pression, notamment, de l'Eglise catholique et de ses représentants les plus actifs au sein du gouvernement, dont la secrétaire d'Etat à l'action sociale, Marie-Madeleine Dienesch, qui refusait de les signer.

Patrick Roger
Le Monde, Article paru dans l'édition du 28.12.07.

Egalement très instrutctive, cette vidéo d'archive sur le débat de société en 1967
Le débat continue, bien sûr. N'hésitez pas à réagir.

jeudi 22 novembre 2007

Manille, où l'on interdit la contraception

Lourdes n'est pas très éduquée, mais il y a un raisonnement qu'elle a intégré : on ne peut pas nourrir 7 enfants avec 5 euros par jour. Pourtant, telle est sa situation aujourd'hui. Elle le savait, mais la différence est qu'elle n'a pas pu l'empêcher. Car comme tous les habitants de Manille, elle n'a pas pu recevoir de contraceptifs des services publics pendant les sept dernières années.

En l'an 2000, le maire de Manille, Jose Atienza, a interdit tous les contraceptifs "artificiels" dans les centres de santé de la ville: préservatifs, pilule, stérilets. A la place, les travailleurs sociaux devaient faire la promotion des méthodes naturelles de contraception : calcul des jours de fertilité, interruption du coït, abstinence... Selon la directive N° 003 publiée alors : "La ville encourage la procréation responsable et le planning familial naturel, non seulement comme une méthode, mais comme un moyen d’éveil et de promotion de la culture de la vie. Et ainsi, la ville décourage l’utilisation de méthodes de contraception artificielle" Cette politique est directement inspirée des thèses du Vatican, et du clergé local, particulièrement conservateur. Pour Jose Atienza, qui est président de l'association ecclésiastique Pro-Life Philippines, "une famille nombreuse est une famille heureuse", et il allait dans les quartiers pauvres, récompenser les familles les plus nombreuses. Empêcher la procréation est un acte péché, selon lui. Il refusait peut-être de penser à Lourdes.

Lourdes, elle, va à l'église tous les dimanches, peut-être plus depuis que sa situation a empiré. La foi catholique, elle l'a collée au corps comme la majorité des Philippins. Pourtant, arrêter d'avoir des enfants n'a rien d'un péché pour elle. C'est juste une question de survie. "Atienza, il est Pro-Life, car il est riche. Il peut se permettre d'avoir beaucoup d'enfants", dit elle simplement. Lourdes, elle, aurait voulu s'arrêter à quatre enfants. Et c'est aussi ce que lui a conseillé son médecin.

L'exemple de Lourdes pourrait sembler juste tragique si cela était un cas isolé. Le problème est qu'il s'est répété des milliers de fois dans la capitale philippine, qui compte déjà les quartiers les plus pauvres de la région, et surtout, ceux à la densité de population la plus forte au monde.















Le gouvernement national ne fait rien pour éviter de telles situations, au contraire. La Présidente Gloria Arroyo, dont on pourrait s'attendre à une certaine sensibilité sur le sujet en tant que femme, suit littéralement la voie de l'Eglise sur le sujet, et ne fait que favoriser ces méthodes naturelles de contraception. Aucun fonds n'existe au niveau national pour appliquer un planning familial plus large. Les seuls qui distribuaient des préservatifs ou des pilules dans les quartiers pauvres étaient l'USAID, qui ont été gentiment et définitivement chassés cette année.

"Le problème n'est pas moral, il est économique", explique l'ancien ministre de la santé, Alberto Romualdez. Actuellement, vous avez près de 2 millions d'enfants qui naissent chaque année. Cela veut dire 2 millions de nouvelles places à créer dans les crèches, dans les hôpitaux. Cette pression démographique saigne notre système". Les Philippines comptent déjà 90 millions d'habitants - la 12e population au monde-, et si la moyenne est de 3,1 enfants par femme, les familles pauvres ont en moyenne 5,9 enfants par femme.


Lourdes ira au tribunal. Pour témoigner des effets qu'a eu cette politique pendant sept ans, pour demander qu'on respecte son doit à choisir sa contraception. Une dizaine de femmes de quartiers pauvres vont en effet porter plainte devant la Cour Suprême, contre le maire Atienza, qui a fini son mandat en mai dernier, pour non-respect de leur droit à la contraception. Elles sont appuyées pour cela par l'ONG de défense des femmes Likhaan et le Centre pour les droits de la reproduction, basé aux Etats Unis. Si l'ancien maire, devenu ministre, n'est pas condamné, on peut au moins espérer que cela créé un débat dans un pays si profondément catholique. Mais qui a besoin de se libérer de l'influence d'un clergé très conservateur.













Pour écouter l'histoire de Lourdes et les positions de tous les acteurs au niveau national, voici un documentaire sur RFI. Ainsi qu'un résumé des enjeux en quelques chiffres .

ET n'hésitez pas à donner votre opinion par des commentaires à la suite de ce message, et sur le sondage




lundi 18 décembre 2006

Le "bon sens" de l'Eglise


La contestation était en pleine croissance contre la Présidente Goria Arroyo. Elle menaçait de déborder, alors qu'Arroyo essayait de la faire passer en force à l Assemblée. C était sans compter sur l'Eglise catholique, si puissante aux Philippines, à qui il a suffi de se prononcer farouchement contre ce projet, pour que les premières manifestations commencent.
Dimanche 17 décembre: une semaine après le positionnement de l'Eglise, il ne reste plus grand chose du grand projet de réforme de la Constitution. Arroyo a annoncé deux jours avant qu elle retirait son projet. L'Eglise avait déjà pris la tête d une dizaine de manifestations. Ce dimanche, plus de 100 000 personnes sont venues prier, en plein centre de Manille, contre cette réforme "égoïste, scandaleuse, et fondamentalement immorale", selon les mots du président de la Conférence épiscopale catholique. Ici, le clergé est plus qu un groupe de pression, plus qu un syndicat ou qu un parti politique : il est tout à la fois. Il est surtout au-dessus de tout cela, et réunit donc des foules entières pour prier... et "éclairer les politiques dans le bon sens". Tant que c est eux qui choisissent le sens, ce sera sûrement le bon !