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mardi 30 mars 2010

Des déchets à l'énergie


C'est une décharge de triste mémoire qui est devenue source d'espoir. Dans le nord de Manille, la décharge de Payatas, deuxième plus importante de cette mégapole de 15 millions d'habitants, - qui a enseveli 200 personnes lors d'un accident il y a 10 ans - a commencé à produire de l'électricité depuis quelques mois. Pas encore de quoi faire tourner une usine de ciment, mais quand même, de quoi éclairer les rues du quartier, et fournir de l'électricité gratuitement aux femmes de ce quartier pauvre, pour repasser. C'est un premier pas. Ce n'est d'ailleurs, qu'un premier pas. Car on s'attend à beaucoup mieux.(Première photo et deuxième photo : on voit bien le grand tube, dans ce cas déconnecté au réseau et à la centrale, sortir de la montagne de déchets)



Le système parait assez simple comme cela : une décharge, en plus de sentir mauvais, produit en son sein un gaz, le méthane, qui nait des déchets en décomposition. Ce gaz est très toxique, et inflammable. Et c'est, enfin, un gaz à effet de serre 11 fois plus nocif pour l'atmosphère que le dioxyde de carbone.



Donc ce qui se passe à Payatas, c'est qu'une entreprise, Pangea, a creusé d'énormes trous de 30 mètres à l'intérieur de ces montagnes de déchets, afin de capturer ce méthane avant qu'il ne s'échappe, et de le brûler pour le transformer en électricité. Et voilà !

Sauf que cet investissement a été concrètement possible grâce à quelque chose qui nous paraissait jusqu'à présent diablement théorique et incompréhensible : le protocole de Kyoto, et ses fameux crédits de carbone.

Ces crédits de carbone, dans ce cas, ont été la condition essentielle pour que l'entreprise d'ingénierie Pangea monte ce projet.













Pour suivre cette histoire, et comprendre comment on transforme une décharge meurtrière en source d'énergie, suivez-moi dans ce documentaire diffusé sur RFI.

















jeudi 3 septembre 2009

Welcome Back !

Pour fêter mon retour "au pays", pour enlever le portrait d'Imelda qui tenait la Une de ce blog depuis deux mois, et pour revenir sur le terrain par la petite porte du détail qui compte, je vous fais part de ces quelques mots, écrits sur un mur à côté de chez moi, à Manille, dans la même rue qu'une des maisons de l'ONG pour enfants des rues Virlanie...


jeudi 12 juin 2008

Ma famille ne connait pas la crise

C'est un bel exemple de débrouillardise. Lydia Abad vit dans un quartier pauvre, urbain et densément peuplé au nord de Manille. Mais cette grand-mère dynamique de 62 ans a quand même réussi à planter un énorme potager... sur le toit de sa maison. Et aujourd'hui, elle nourrit pratiquement entièrement la famille de quatre personnes avec ces légumes. Aubergines, oignons, moutarde ou épinards ... une trentaine d'espèces, tout pousse sur ce toit en tôle, qui surplombe la jungle polluée du quartier bien nommé de Holy Spirit, à Manille.


C'est un exemple assez rare, mais symbolique, d'une famille pauvre qui ne connait pas la crise. Ou l'atténue en tout cas. Car si la famille Abad ne fait pas encore pousser de riz sur son toit, elle est auto suffisante à 80% en alimentation. Et cela est d'une grande richesse aujourd'hui, car les prix des légumes du marché, eux, ont augmenté de 50 à 100%. Il ne faut pas chercher loin les raisons de cette hausse démentielle : elle ne fait que suivre le cours du pétrole et des engrais, qui ont également doublé en un an.

Les Philippines sont touchés de plein fouet par l'inflation pétrolière, et connait ainsi sa plus forte inflation depuis 10 ans : le pays n'a pratiquement aucune goutte de pétrole dans son sol, ou si peu. On est en train de relancer des projets à Palawan, dont le dernier devrait fournir 10% de la demande locale prochainement.

En attendant que la crise s'estompe, le gouvernement donne et redonne quelques billets aux pauvres pour les consoler un peu, servir de matelas à un choc alimentaire violent pour des personnes qui dépensent plus de la moitié de leur budget dans leur nourriture.

Pour aller plus loin dans ce sujet, et chercher quelques solutions à une crise du riz qui touche les Philippines, bientôt un documentaire de 20 minutes sur le sujet.

lundi 21 avril 2008

Quand on délocalise la délocalisation !

On n'arrête pas le progrès, ni la délocalisation. Les Philippines sont aujourd'hui la terre d'accueil de centres d'appels indiens, qui eux-mêmes traitent avec des clients américains. Nous voici dans le monde magique du service délocalisé, qui choisit et peut changer sa place sur le globe assez rapidement.

Et aujourd'hui, à ce jeu là, les Philippines sont en passe de devenir des champions en "outsourcing" - ce mot venant de l'expression "Business Process Outsourcing", est intraduisible en français, si ce n'est par un bel essai de Sylvie Kauffman, dans un très bon papier du Monde sur le sujet, qui a appelé cela l'"infogérance"

Donc l'outsourcing, disions nous, emploie, en 2008, 350 000 personnes aux Philippines, ce qui devrait monter à 1 million dans deux ans.
Nous en savons peu en France, car ces Philippins sont anglophones, et ont eu la bonne idée de se faire coloniser par les Américains, et non par les Français. Beaucoup plus grand, le marché, eh oui !

Manille-Washington, Cebu-Los Angeles, Mindanao-Californie... entre ces deux mondes, chacun d'un côté du Pacifique, il y a en moyenne 12 heures de différence.
La proximité culturelle entre les Philippins et les Américains, que viennent chercher les compagnies US, se paie à coup de travail de nuit: la jeunesse de Manille vit la nuit, mais pas pour faire la fête. Ici l'happy hour dans les bars des centres d'affaires, c'est a partir de 6h du matin, quand les centres d'appels terminent leur service vers les Etats-Unis.

Les Indiens, à présent, délocalisent donc également leurs centres d'appels dans l'archipel. Il faut dire, vous avez entendu parler les Indiens en anglais :) ? Disons que ce charmant petit accent indien qui rebondit, les Philippins ne l'ont pas. Et adaptent très facilement le leur à celui de la côte ouest des Etats Unis.

Pour vous le prouver, venez écouter ce reportage... entrez dans le monde de la nuit d'un centre d'appels de Manille.

samedi 15 décembre 2007

DEBAT sur le Planning Familial

Face à l'évènement créé sur ce blog par le récent sondage, j'ouvre ici une nouvelle case : un débat.
Ce tout premier sondage publié dans la colonne de droite vient de se clôturer, avec un résultat qui m'étonne grandement : 92 % des votants se sont déclarés "FAVORABLES à l'interdiction de la contraception pour des raisons religieuses".
Ainsi, dans le monde francophone, et en France particulièrement peut-on supposer, une majorité pourrait encore considérer que la pilule ou le préservatif ne doivent pas être fournis aux couples qui le souhaitent, car cela va contre la volonté de Dieu.
On serait donc loin de la France laïque et anti-cléricale que l'on nous décrit souvent.

170 votes, ce n'est cependant pas la France, ou le monde francophone dans son entier. Et certains mails personnels d'une certaine "Alliance pour le droit de la vie " me laissent supposer qu'une certaine minorité agissante a influé les résultats de ce sondage. (message anonyme reçu par cette adresse : sosbebe@adv.org)

Dans tous les cas, ce résultat mérite discussion. Car il semble bien que l'opinion majoritaire se démarque de ma prise de position dans le précédent post. Alors laissez vos commentaires ci bas, ou dans le message précédent, et j'espère qu'entre tous, le débat sera constructif.

jeudi 22 novembre 2007

Manille, où l'on interdit la contraception

Lourdes n'est pas très éduquée, mais il y a un raisonnement qu'elle a intégré : on ne peut pas nourrir 7 enfants avec 5 euros par jour. Pourtant, telle est sa situation aujourd'hui. Elle le savait, mais la différence est qu'elle n'a pas pu l'empêcher. Car comme tous les habitants de Manille, elle n'a pas pu recevoir de contraceptifs des services publics pendant les sept dernières années.

En l'an 2000, le maire de Manille, Jose Atienza, a interdit tous les contraceptifs "artificiels" dans les centres de santé de la ville: préservatifs, pilule, stérilets. A la place, les travailleurs sociaux devaient faire la promotion des méthodes naturelles de contraception : calcul des jours de fertilité, interruption du coït, abstinence... Selon la directive N° 003 publiée alors : "La ville encourage la procréation responsable et le planning familial naturel, non seulement comme une méthode, mais comme un moyen d’éveil et de promotion de la culture de la vie. Et ainsi, la ville décourage l’utilisation de méthodes de contraception artificielle" Cette politique est directement inspirée des thèses du Vatican, et du clergé local, particulièrement conservateur. Pour Jose Atienza, qui est président de l'association ecclésiastique Pro-Life Philippines, "une famille nombreuse est une famille heureuse", et il allait dans les quartiers pauvres, récompenser les familles les plus nombreuses. Empêcher la procréation est un acte péché, selon lui. Il refusait peut-être de penser à Lourdes.

Lourdes, elle, va à l'église tous les dimanches, peut-être plus depuis que sa situation a empiré. La foi catholique, elle l'a collée au corps comme la majorité des Philippins. Pourtant, arrêter d'avoir des enfants n'a rien d'un péché pour elle. C'est juste une question de survie. "Atienza, il est Pro-Life, car il est riche. Il peut se permettre d'avoir beaucoup d'enfants", dit elle simplement. Lourdes, elle, aurait voulu s'arrêter à quatre enfants. Et c'est aussi ce que lui a conseillé son médecin.

L'exemple de Lourdes pourrait sembler juste tragique si cela était un cas isolé. Le problème est qu'il s'est répété des milliers de fois dans la capitale philippine, qui compte déjà les quartiers les plus pauvres de la région, et surtout, ceux à la densité de population la plus forte au monde.















Le gouvernement national ne fait rien pour éviter de telles situations, au contraire. La Présidente Gloria Arroyo, dont on pourrait s'attendre à une certaine sensibilité sur le sujet en tant que femme, suit littéralement la voie de l'Eglise sur le sujet, et ne fait que favoriser ces méthodes naturelles de contraception. Aucun fonds n'existe au niveau national pour appliquer un planning familial plus large. Les seuls qui distribuaient des préservatifs ou des pilules dans les quartiers pauvres étaient l'USAID, qui ont été gentiment et définitivement chassés cette année.

"Le problème n'est pas moral, il est économique", explique l'ancien ministre de la santé, Alberto Romualdez. Actuellement, vous avez près de 2 millions d'enfants qui naissent chaque année. Cela veut dire 2 millions de nouvelles places à créer dans les crèches, dans les hôpitaux. Cette pression démographique saigne notre système". Les Philippines comptent déjà 90 millions d'habitants - la 12e population au monde-, et si la moyenne est de 3,1 enfants par femme, les familles pauvres ont en moyenne 5,9 enfants par femme.


Lourdes ira au tribunal. Pour témoigner des effets qu'a eu cette politique pendant sept ans, pour demander qu'on respecte son doit à choisir sa contraception. Une dizaine de femmes de quartiers pauvres vont en effet porter plainte devant la Cour Suprême, contre le maire Atienza, qui a fini son mandat en mai dernier, pour non-respect de leur droit à la contraception. Elles sont appuyées pour cela par l'ONG de défense des femmes Likhaan et le Centre pour les droits de la reproduction, basé aux Etats Unis. Si l'ancien maire, devenu ministre, n'est pas condamné, on peut au moins espérer que cela créé un débat dans un pays si profondément catholique. Mais qui a besoin de se libérer de l'influence d'un clergé très conservateur.













Pour écouter l'histoire de Lourdes et les positions de tous les acteurs au niveau national, voici un documentaire sur RFI. Ainsi qu'un résumé des enjeux en quelques chiffres .

ET n'hésitez pas à donner votre opinion par des commentaires à la suite de ce message, et sur le sondage




dimanche 24 décembre 2006

Ils courent partout, ont d'habitude la rue comme terrain de jeu, mais ils sont heureux et fiers comme des papes de venir faire leur spectacle pour Noël. L'association Virlanie leur avait également prévu des jeux, des danses, et des cadeaux.
Ambiance d'une après-midi avec ces enfants surescités.





Le Noël des enfants des rues
Vidéo envoyée par sebfarcis

lundi 18 décembre 2006

Le "bon sens" de l'Eglise


La contestation était en pleine croissance contre la Présidente Goria Arroyo. Elle menaçait de déborder, alors qu'Arroyo essayait de la faire passer en force à l Assemblée. C était sans compter sur l'Eglise catholique, si puissante aux Philippines, à qui il a suffi de se prononcer farouchement contre ce projet, pour que les premières manifestations commencent.
Dimanche 17 décembre: une semaine après le positionnement de l'Eglise, il ne reste plus grand chose du grand projet de réforme de la Constitution. Arroyo a annoncé deux jours avant qu elle retirait son projet. L'Eglise avait déjà pris la tête d une dizaine de manifestations. Ce dimanche, plus de 100 000 personnes sont venues prier, en plein centre de Manille, contre cette réforme "égoïste, scandaleuse, et fondamentalement immorale", selon les mots du président de la Conférence épiscopale catholique. Ici, le clergé est plus qu un groupe de pression, plus qu un syndicat ou qu un parti politique : il est tout à la fois. Il est surtout au-dessus de tout cela, et réunit donc des foules entières pour prier... et "éclairer les politiques dans le bon sens". Tant que c est eux qui choisissent le sens, ce sera sûrement le bon !