mercredi 7 mai 2008

Crise alimentaire : les solutions existent

C'est peut-être le riz de demain. Celui qui pourrait résister aux changements climatiques qui vont tomber sur l'Asie, et qui commencent déjà à ravager la région ... comme on voit en Birmanie.

Là dans ce champ de 200 hectares, du riz sous haute surveillance. L'Institut International de recherches sur le riz (IRRI), basé près de Manille, croise des variétés, extrait certains gènes, et pousse le riz aux limites de sa résistance.
Les résultats sont à portée de main, et pourraient apporter certaines solutions à la crise alimentaire mondiale. Celle ci est causée entre autres par la baisse drastique des stocks, qui sont aujourd'hui deux fois moins élevés qu'en l'an 2000. Ce qui pousse ainsi les prix vers le haut.

Plusieurs variétés de riz sont en création selon ces recoupements, qui ne sont pas des formes d'OGM mais des croisements dits "conventionnels". La variété la plus avancée est celle qui pourrait résister aux inondations : un riz qui pourrait vivre inondé, complètement immergé pendant deux semaines, alors qu'un riz normal mourrait rapidement dans ces conditions. Un million d'hectares de champs de riz sont ainsi inondés chaque année en Asie, ce qui décime les cultures.
Vous pouvez voir les détails de ces expériences ici.
Le gouvernement philippin a déjà signé un accord avec l'Institut du Riz, afin de planter ce riz dans un an, avant la future saison des pluies et des typhons.

Plusieurs autres variétés sont en train de pousser dans les champs de l'IRRI, qui pourraient résister elles, à de fortes sécheresses, à la chaleur et à une plus grande salinité causée par l'élévation du niveau des mers.

Nous sommes pas dans la science fiction, mais dans les recherches agricoles. Celles qui sont de moins en moins financées par les gouvernements, car n'ont pas de résultat immédiats. Mais qui pourrait tout de même donner à manger à plus de 3 milliards de personnes qui mangent du riz tous les jours dans le monde.


Pour aller plus loin dans le détail des recherches et l'étendue de la crise aux Philippines, je vous conseille cet article dans La Croix, fort bien documenté et tellement bien écrit !! :)




lundi 21 avril 2008

Quand on délocalise la délocalisation !

On n'arrête pas le progrès, ni la délocalisation. Les Philippines sont aujourd'hui la terre d'accueil de centres d'appels indiens, qui eux-mêmes traitent avec des clients américains. Nous voici dans le monde magique du service délocalisé, qui choisit et peut changer sa place sur le globe assez rapidement.

Et aujourd'hui, à ce jeu là, les Philippines sont en passe de devenir des champions en "outsourcing" - ce mot venant de l'expression "Business Process Outsourcing", est intraduisible en français, si ce n'est par un bel essai de Sylvie Kauffman, dans un très bon papier du Monde sur le sujet, qui a appelé cela l'"infogérance"

Donc l'outsourcing, disions nous, emploie, en 2008, 350 000 personnes aux Philippines, ce qui devrait monter à 1 million dans deux ans.
Nous en savons peu en France, car ces Philippins sont anglophones, et ont eu la bonne idée de se faire coloniser par les Américains, et non par les Français. Beaucoup plus grand, le marché, eh oui !

Manille-Washington, Cebu-Los Angeles, Mindanao-Californie... entre ces deux mondes, chacun d'un côté du Pacifique, il y a en moyenne 12 heures de différence.
La proximité culturelle entre les Philippins et les Américains, que viennent chercher les compagnies US, se paie à coup de travail de nuit: la jeunesse de Manille vit la nuit, mais pas pour faire la fête. Ici l'happy hour dans les bars des centres d'affaires, c'est a partir de 6h du matin, quand les centres d'appels terminent leur service vers les Etats-Unis.

Les Indiens, à présent, délocalisent donc également leurs centres d'appels dans l'archipel. Il faut dire, vous avez entendu parler les Indiens en anglais :) ? Disons que ce charmant petit accent indien qui rebondit, les Philippins ne l'ont pas. Et adaptent très facilement le leur à celui de la côte ouest des Etats Unis.

Pour vous le prouver, venez écouter ce reportage... entrez dans le monde de la nuit d'un centre d'appels de Manille.

mardi 15 avril 2008

Les derniers Boat People s'en vont


Ils étaient encore une centaine, voire un peu plus. Cela fait maintenant près de 20 ans qu'ils attendent, pour la plupart. Leur fuite temporaire vers les Philippines aura duré tout ce temps.
Eux, ce sont les boat people vietnamiens qui, une nuit des années 90, ont pris, chacun à leur tour, un bateau de fortune, et ont dérivé sur la mer de Chine, dans un seul but : fuir le régime communiste.
Pendant plus de 15 ans, ils auront vécu aux Philippines en attendant qu'un pays occidental, qui a les moyens de les accueillir, veuille bien reconnaître leur détresse.
Aujourd'hui, le Canada vient d'ouvrir ses portes pour les 160 Vietnamiens qui restent dans l'archipel. C'est la fin d'un calvaire, pour Thai Nguyen (photo) et les autres. Car aux Philipines, ils n'avaient aucun droit, et ont plusieurs fois failli être renvoyés vers le Vietnam.

Ecoutez leur témoignage par ce reportage.

jeudi 27 mars 2008

L'armée philippine, au rythme de la Papaya Dance !

Qui a dit que les Philippins étaient des gens sérieux ? Sûrement pas l'armée ! Sans complexe, sans peur du ridicule, un bataillon entier du corps civilo-militaire de Manille a dansé la fameuse chorégraphie de la Papaya Danse. Pire, ces militaires ont ondulé leur corps pour participer à un concours, et ils ont même remporté 20 000 Pesos PH (300 euros) par la grace de leur danse en kaki.

Vidéo !



Moi je dis, quand l'armée elle-même se lance dans ce genre de compétition, vous pouvez imaginer comment doivent être les Philippins en général ! De grands déconneurs.
Eh ben justement, c'est tout le pays qui a été pris de frénésie : dans un hypermarché près de Manille, les 500 employés la dansent tous les jours pour se divertir et amuser les clients. Et des prisonniers près de Manille ont aussi posté leur chorégraphie sur le net. Il faut dire que ça c'est connu, depuis que les prisonniers de Cébu sont devenus célèbres pour leur chorégraphie de Thriller (qui en est à 13 millions de visionnages !!).

Allez, je résiste pas. Voici le reportage de la très sérieuse agence Reuters sur cette frénésie... suivie de l'ambassadrice des Etats-Unis Herself, prise par la bonne humeur des Philippins. No comments !!



Elle s'appelle Kristie Kenny, pour la féliciter, écrire à : Embassy of the USA in the Philippines, Roxas Boulevard, Manila. Philippines :

jeudi 13 mars 2008

Echappez-vous aux Philippines !

L'exercice n'est pas facile, je dis donc félicitations. L'équipe d'"Echappées Belles", une émission de découvertes et de voyages, est venue il y a quelques mois aux Philippines tourner une émission sur différents sujets. Différents, je devrais dire TOUS les sujets !















A priori, cela m'avait l'air d'être un grand fourre-tout : la veille de leur arrivée, la production m'appelle de Paris pour me demander des contacts : on aurait besoin de rentrer dans le milieu de la nuit, la fête chez les riches, chez les pauvres, un tour en jeepneys, etc... Bref un peu précipité.
Mais je ne leur jetterai pas la pierre, car l'émission est finalement réussie à mon goût. En peu de temps, ils ont donc réussi à percevoir et montrer des extraits assez réalistes et attrayants du pays, à dévoiler des images et des personnages dont j'ignorais parfois l'existence.

Je recommande donc cette "Echappées belles" spéciale sur les Philippines, que vous pouvez voir, en deux parties s'il vous plait et en streaming,
ici:


et là



http://www.dailymotion.com/burgerman/video/x4l2r6_echappees-belles-22-les-philippines_travel

Les extraits sont parfois un peu courts, le passage entre le nord, le sud, les rizières et les lagons un peu brusques. Mais c'est juste alléchant, pour donner envie de s'échapper aux Philippines ! Ca doit être le but !

mardi 4 mars 2008

Un an de reportages en images

Plus d'un an depuis que je suis installé aux Philippines. Plus d'un an de voyages, de rencontres, dans toutes les situations, qui ont donné ces clichés qui défilent dans ce diaporama, à droite de l'écran ;

des sourires d'enfants dans les camps d'évacuations en bordure d'affrontements ; le groupe de rap philippin du quartier pauvre de Tondo, qui a gagné un prix pour avoir composé la musique d'un film sur le quartier ; la fabrication plus ou moins légale des armes dans la ville de Danao ; la folie des croyants de San Pedro lors de la Semaine sainte ; et la drague de l'armée envers la population sur l'île de Jolo.
Sur toutes les îles, le même optimisme, la même gaieté, une joie si forte.

Ce diaporama pour tous les visages des Philippins

Retrouvez également mon dernier reportage, sur le groupe ce rap de Tondo, qui a joué dans un film son propre rôle et en a gagné un grand prix pour l'interprétation ainsi que pour la musique.
Voyage en musique ici

samedi 23 février 2008

Santo Nino a Tondo, en Vidéo

video

Les écoles du quartier de Tondo préparent toutes la Grande fête du Santo Nino. Et enchaînent les prestations dans un grand défilé.

Et pour rentrer completement dans l ambiance, rentrez par le son...

La fanfare de Tondo

vendredi 1 février 2008

Tondo, un quartier, tout un poême !


En général, on ne retient pas le meilleur de Tondo. Ce quartier en plein centre de Manille, l'un des plus anciens de la capitale, détient à présent les tristes records aux Philippines : l'un des plus pauvres du pays, la mauvaise réputation de criminalité dans l'Archipel, et, surtout, l'une des plus fortes densités de population au monde. Selon Wikipedia, il y aurait au dernier recensement de 2000, 378 697 habitants sur les 5; 64 km² de ce quartier. Soit 64 869 habitants par km²... ou plus de 60 habitants par m². "The factory of children", comme l'appellent les habitants du quartier.

Mais ça, c'est le plus connu. Et d'ailleurs j'en ai déjà largement parlé dans l'article sur les efforts de la mairie de Manille pour continuer à empirer les choses, en interdisant la contraception. Donc on va pas charger la barque.

Non, on va plutôt montrer un visage joyeux du quartier : quand tout ce monde sort en même temps dans la rue, pour fêter le SANTO NINO. La fête de l'enfant Jésus, en fait, devenu une divinté en forme d'enfant dodu après les efforts de Magellan pour christianniser les Philippins, au 16e siècle.

Alors dans la rue, tout le monde a son Santo Nino. La fête des enfants, en fait. Il y en a même qui prennent leur propre enfant et l'élèvent dans le ciel, comme une divinité. Un mélange de célébration religieuse et de festival a la sud-américaine Avec fanfares, batucadas...

Galerie de portraits, défilés de croyances, et panorama des différents cultes de l'enfant roi, de tous styles, de toutes couleurs, de toutes dévotions ...




Le défilé commence sur le tricycle à pédales, le transport phare de Tondo. Les enfants à l'honneur, transportés comme des rois.









Haut, très haut. Il faut porter le Santo Nino le plus haut possible. Qu'il soit en statue, ou en vrai d'ailleurs !!


"Viva Viva, Santo Nino!"



























Et même la police a son char de Santo Nino. Comme quoi, on rassemble tout le monde pour cette fiesta !








jeudi 3 janvier 2008

Bonne année aux Philippines !



C'est le moment d'espérer, et de croire que certaines choses peuvent changer. Alors j'ose souhaiter que les acteurs politiques de ce pays découvrent un intérêt propre à travailler pour l'intérêt du pays ; j'ose espérer que les quelques élus non-corrompus puissent relayer les voix de la multitude de travailleurs sociaux et d'acteurs de terrain qui croient dans le développement du pays.
Je souhaite seulement que les Philippines puisse un jour exploiter les richesses naturelles et humaines que cache ce pays, à force d'être accaparées.
Il faudra sûrement plus d'un an pour cela, mais déjà, bonne année aux Philippines.

Bonne année à tous !

samedi 29 décembre 2007

Il y a 40 ans à peine, c'était en France ...

Quand l'actualité nous offre de riches comparaisons. Alors que depuis plus d'un mois je témoigne de la politique très conservatrice du gouvernement et de l'Eglise philippins sur la contraception, nous fêtons aujourd'hui même les 40 ans de la loi sur la contraception en France !
Les archives sont là pour nous enseigner les débats d'alors, et figer des craintes qui ont bien disparu depuis. Les mêmes forces en présence qu'aux Philippines, de l'Eglise aux mâles dominants. Je ne ressortirai qu'un extrait édifiant de ces débats... C'était il y a 40 ans, en France

(...)
"SOLUTION DE FACILITÉ"

Pour Jacques Hébert (Manche), "la pilule est dangereuse. (...) Nous avons le devoir, nous qui sommes, en tant que législateurs, responsables devant les générations futures du patrimoine biologique des Français, de ne pas autoriser la diffusion de produits dont les conséquences lointaines sont encore très mal connues." Et d'ajouter : "Détruire la vie avant la fécondation, après la fécondation, avant la nidation, après la nidation, revient au même sur le plan de l'éthique." Pour le député Claude Peyret (UDR, Vienne), "le désir de recourir à des méthodes contraceptives procède toujours d'un même besoin d'obtenir une sorte d'assurance contre la grossesse, que certains souhaiteraient inclure dans la Sécurité sociale". Pour l'élu, c'est une "solution de facilité qui voudrait remplacer la maîtrise de soi, quand celle-ci doit être le but de toute éducation."

Jean Coumaros (Moselle) juge "regrettable qu'un tel projet ne puisse être discuté à huis clos, comme aux assises quand il s'agit d'affaires de moeurs". Selon le député, "les enfants ne sont pas toujours engendrés par la réflexion et par la raison, mais dans un élan d'amour irrésistible, comme l'exigent la nature et l'instinct de continuité de l'espèce humaine." Avec la pilule, affirme M. Coumaros, "ces effusions périront dans le néant. Les maris ont-ils songé que désormais c'est la femme qui détiendra le pouvoir absolu d'avoir ou de ne pas avoir d'enfants en absorbant la pilule, même à leur insu ? Les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde et les femmes ne seront plus qu'un objet de volupté stérile."

Les députés adoptent définitivement le texte en deuxième lecture le 14 décembre 1967. La loi Neuwirth n'entrera en vigueur qu'en 1969, les décrets d'application étant longtemps restés bloqués sous la pression, notamment, de l'Eglise catholique et de ses représentants les plus actifs au sein du gouvernement, dont la secrétaire d'Etat à l'action sociale, Marie-Madeleine Dienesch, qui refusait de les signer.

Patrick Roger
Le Monde, Article paru dans l'édition du 28.12.07.

Egalement très instrutctive, cette vidéo d'archive sur le débat de société en 1967
Le débat continue, bien sûr. N'hésitez pas à réagir.