vendredi 1 février 2008

Tondo, un quartier, tout un poême !


En général, on ne retient pas le meilleur de Tondo. Ce quartier en plein centre de Manille, l'un des plus anciens de la capitale, détient à présent les tristes records aux Philippines : l'un des plus pauvres du pays, la mauvaise réputation de criminalité dans l'Archipel, et, surtout, l'une des plus fortes densités de population au monde. Selon Wikipedia, il y aurait au dernier recensement de 2000, 378 697 habitants sur les 5, 64 km² de ce quartier. Soit 64 869 habitants par km²... ou plus de 6 habitants pour 100 m². "The factory of children", comme l'appellent les habitants du quartier.

Mais ça, c'est le plus connu. Et d'ailleurs j'en ai déjà largement parlé dans l'article sur les efforts de la mairie de Manille pour continuer à empirer les choses, en interdisant la contraception. Donc on va pas charger la barque.

Non, on va plutôt montrer un visage joyeux du quartier : quand tout ce monde sort en même temps dans la rue, pour fêter le SANTO NINO. La fête de l'enfant Jésus, en fait, devenu une divinté en forme d'enfant dodu après les efforts de Magellan pour christianniser les Philippins, au 16e siècle.

Alors dans la rue, tout le monde a son Santo Nino. La fête des enfants, en fait. Il y en a même qui prennent leur propre enfant et l'élèvent dans le ciel, comme une divinité. Un mélange de célébration religieuse et de festival a la sud-américaine Avec fanfares, batucadas...

Galerie de portraits, défilés de croyances, et panorama des différents cultes de l'enfant roi, de tous styles, de toutes couleurs, de toutes dévotions ...




Le défilé commence sur le tricycle à pédales, le transport phare de Tondo. Les enfants à l'honneur, transportés comme des rois.









Haut, très haut. Il faut porter le Santo Nino le plus haut possible. Qu'il soit en statue, ou en vrai d'ailleurs !!


"Viva Viva, Santo Nino!"



























Et même la police a son char de Santo Nino. Comme quoi, on rassemble tout le monde pour cette fiesta !








jeudi 3 janvier 2008

Bonne année aux Philippines !



C'est le moment d'espérer, et de croire que certaines choses peuvent changer. Alors j'ose souhaiter que les acteurs politiques de ce pays découvrent un intérêt propre à travailler pour l'intérêt du pays ; j'ose espérer que les quelques élus non-corrompus puissent relayer les voix de la multitude de travailleurs sociaux et d'acteurs de terrain qui croient dans le développement du pays.
Je souhaite seulement que les Philippines puisse un jour exploiter les richesses naturelles et humaines que cache ce pays, à force d'être accaparées.
Il faudra sûrement plus d'un an pour cela, mais déjà, bonne année aux Philippines.

Bonne année à tous !

samedi 29 décembre 2007

Il y a 40 ans à peine, c'était en France ...

Quand l'actualité nous offre de riches comparaisons. Alors que depuis plus d'un mois je témoigne de la politique très conservatrice du gouvernement et de l'Eglise philippins sur la contraception, nous fêtons aujourd'hui même les 40 ans de la loi sur la contraception en France !
Les archives sont là pour nous enseigner les débats d'alors, et figer des craintes qui ont bien disparu depuis. Les mêmes forces en présence qu'aux Philippines, de l'Eglise aux mâles dominants. Je ne ressortirai qu'un extrait édifiant de ces débats... C'était il y a 40 ans, en France

(...)
"SOLUTION DE FACILITÉ"

Pour Jacques Hébert (Manche), "la pilule est dangereuse. (...) Nous avons le devoir, nous qui sommes, en tant que législateurs, responsables devant les générations futures du patrimoine biologique des Français, de ne pas autoriser la diffusion de produits dont les conséquences lointaines sont encore très mal connues." Et d'ajouter : "Détruire la vie avant la fécondation, après la fécondation, avant la nidation, après la nidation, revient au même sur le plan de l'éthique." Pour le député Claude Peyret (UDR, Vienne), "le désir de recourir à des méthodes contraceptives procède toujours d'un même besoin d'obtenir une sorte d'assurance contre la grossesse, que certains souhaiteraient inclure dans la Sécurité sociale". Pour l'élu, c'est une "solution de facilité qui voudrait remplacer la maîtrise de soi, quand celle-ci doit être le but de toute éducation."

Jean Coumaros (Moselle) juge "regrettable qu'un tel projet ne puisse être discuté à huis clos, comme aux assises quand il s'agit d'affaires de moeurs". Selon le député, "les enfants ne sont pas toujours engendrés par la réflexion et par la raison, mais dans un élan d'amour irrésistible, comme l'exigent la nature et l'instinct de continuité de l'espèce humaine." Avec la pilule, affirme M. Coumaros, "ces effusions périront dans le néant. Les maris ont-ils songé que désormais c'est la femme qui détiendra le pouvoir absolu d'avoir ou de ne pas avoir d'enfants en absorbant la pilule, même à leur insu ? Les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde et les femmes ne seront plus qu'un objet de volupté stérile."

Les députés adoptent définitivement le texte en deuxième lecture le 14 décembre 1967. La loi Neuwirth n'entrera en vigueur qu'en 1969, les décrets d'application étant longtemps restés bloqués sous la pression, notamment, de l'Eglise catholique et de ses représentants les plus actifs au sein du gouvernement, dont la secrétaire d'Etat à l'action sociale, Marie-Madeleine Dienesch, qui refusait de les signer.

Patrick Roger
Le Monde, Article paru dans l'édition du 28.12.07.

Egalement très instrutctive, cette vidéo d'archive sur le débat de société en 1967
Le débat continue, bien sûr. N'hésitez pas à réagir.

samedi 15 décembre 2007

DEBAT sur le Planning Familial

Face à l'évènement créé sur ce blog par le récent sondage, j'ouvre ici une nouvelle case : un débat.
Ce tout premier sondage publié dans la colonne de droite vient de se clôturer, avec un résultat qui m'étonne grandement : 92 % des votants se sont déclarés "FAVORABLES à l'interdiction de la contraception pour des raisons religieuses".
Ainsi, dans le monde francophone, et en France particulièrement peut-on supposer, une majorité pourrait encore considérer que la pilule ou le préservatif ne doivent pas être fournis aux couples qui le souhaitent, car cela va contre la volonté de Dieu.
On serait donc loin de la France laïque et anti-cléricale que l'on nous décrit souvent.

170 votes, ce n'est cependant pas la France, ou le monde francophone dans son entier. Et certains mails personnels d'une certaine "Alliance pour le droit de la vie " me laissent supposer qu'une certaine minorité agissante a influé les résultats de ce sondage. (message anonyme reçu par cette adresse : sosbebe@adv.org)

Dans tous les cas, ce résultat mérite discussion. Car il semble bien que l'opinion majoritaire se démarque de ma prise de position dans le précédent post. Alors laissez vos commentaires ci bas, ou dans le message précédent, et j'espère qu'entre tous, le débat sera constructif.

jeudi 22 novembre 2007

Manille, où l'on interdit la contraception

Lourdes n'est pas très éduquée, mais il y a un raisonnement qu'elle a intégré : on ne peut pas nourrir 7 enfants avec 5 euros par jour. Pourtant, telle est sa situation aujourd'hui. Elle le savait, mais la différence est qu'elle n'a pas pu l'empêcher. Car comme tous les habitants de Manille, elle n'a pas pu recevoir de contraceptifs des services publics pendant les sept dernières années.

En l'an 2000, le maire de Manille, Jose Atienza, a interdit tous les contraceptifs "artificiels" dans les centres de santé de la ville: préservatifs, pilule, stérilets. A la place, les travailleurs sociaux devaient faire la promotion des méthodes naturelles de contraception : calcul des jours de fertilité, interruption du coït, abstinence... Selon la directive N° 003 publiée alors : "La ville encourage la procréation responsable et le planning familial naturel, non seulement comme une méthode, mais comme un moyen d’éveil et de promotion de la culture de la vie. Et ainsi, la ville décourage l’utilisation de méthodes de contraception artificielle" Cette politique est directement inspirée des thèses du Vatican, et du clergé local, particulièrement conservateur. Pour Jose Atienza, qui est président de l'association ecclésiastique Pro-Life Philippines, "une famille nombreuse est une famille heureuse", et il allait dans les quartiers pauvres, récompenser les familles les plus nombreuses. Empêcher la procréation est un acte péché, selon lui. Il refusait peut-être de penser à Lourdes.

Lourdes, elle, va à l'église tous les dimanches, peut-être plus depuis que sa situation a empiré. La foi catholique, elle l'a collée au corps comme la majorité des Philippins. Pourtant, arrêter d'avoir des enfants n'a rien d'un péché pour elle. C'est juste une question de survie. "Atienza, il est Pro-Life, car il est riche. Il peut se permettre d'avoir beaucoup d'enfants", dit elle simplement. Lourdes, elle, aurait voulu s'arrêter à quatre enfants. Et c'est aussi ce que lui a conseillé son médecin.

L'exemple de Lourdes pourrait sembler juste tragique si cela était un cas isolé. Le problème est qu'il s'est répété des milliers de fois dans la capitale philippine, qui compte déjà les quartiers les plus pauvres de la région, et surtout, ceux à la densité de population la plus forte au monde.















Le gouvernement national ne fait rien pour éviter de telles situations, au contraire. La Présidente Gloria Arroyo, dont on pourrait s'attendre à une certaine sensibilité sur le sujet en tant que femme, suit littéralement la voie de l'Eglise sur le sujet, et ne fait que favoriser ces méthodes naturelles de contraception. Aucun fonds n'existe au niveau national pour appliquer un planning familial plus large. Les seuls qui distribuaient des préservatifs ou des pilules dans les quartiers pauvres étaient l'USAID, qui ont été gentiment et définitivement chassés cette année.

"Le problème n'est pas moral, il est économique", explique l'ancien ministre de la santé, Alberto Romualdez. Actuellement, vous avez près de 2 millions d'enfants qui naissent chaque année. Cela veut dire 2 millions de nouvelles places à créer dans les crèches, dans les hôpitaux. Cette pression démographique saigne notre système". Les Philippines comptent déjà 90 millions d'habitants - la 12e population au monde-, et si la moyenne est de 3,1 enfants par femme, les familles pauvres ont en moyenne 5,9 enfants par femme.


Lourdes ira au tribunal. Pour témoigner des effets qu'a eu cette politique pendant sept ans, pour demander qu'on respecte son doit à choisir sa contraception. Une dizaine de femmes de quartiers pauvres vont en effet porter plainte devant la Cour Suprême, contre le maire Atienza, qui a fini son mandat en mai dernier, pour non-respect de leur droit à la contraception. Elles sont appuyées pour cela par l'ONG de défense des femmes Likhaan et le Centre pour les droits de la reproduction, basé aux Etats Unis. Si l'ancien maire, devenu ministre, n'est pas condamné, on peut au moins espérer que cela créé un débat dans un pays si profondément catholique. Mais qui a besoin de se libérer de l'influence d'un clergé très conservateur.













Pour écouter l'histoire de Lourdes et les positions de tous les acteurs au niveau national, voici un documentaire sur RFI. Ainsi qu'un résumé des enjeux en quelques chiffres .

ET n'hésitez pas à donner votre opinion par des commentaires à la suite de ce message, et sur le sondage




lundi 29 octobre 2007

Un bateau surnommé Hilwai

C'est l'histoire d'un bateau, d'une embarcation de 12 personnes. Des marins, des Philippins. Qui parcourent les Visayas, la région au coeur de l'archipel.

Mais pour une fois, ces marins philippins ne sont pas embarqués sur un pétrolier, et ne servent pas de main d'oeuvre docile, mais s'arrêtent régulièrement pour aider les autres à remarcher.

Handicap International a construit ce bateau pour venir au plus près des gens de cette région. Hilwai, qui signifie "liberté de mouvement" en dialecte ilocano, a d'ailleurs eu un sérieux baptême du feu : sa première mission, il l'a faite pour venir au secours des victimes du tsunami dans la région.















Le bateau s'est donc arrêté pendant six mois sur l'île de Masbate, au coeur de cette région des Visayas, la deuxième province la plus pauvre du pays après celle de Jolo. C'est dire le travail.


Un travail pour appareiller des accidentés de la route, parfois. Ou pour fournir des chaises roulantes adaptées aux enfants, nés avec un pied bot, ou qui ont eu un petit accident que l'on n'a jamais soigné ( comme cet enfant dont on aperçoit le pied brûlé, puis reformé tout seul de travers) . Et les a paralysés, comme le cas de Marcelino, ci-desous avec sa belle chaise rouge, qu'il vient de recevoir. Depuis un an, il ne pouvait plus marcher, apres être tombé d'un buffle. Il restait là, allongé sur le sol. Une petite délivrance, donc.




















Pour entendre une version audio de ce reportage, diffusée sur RFI,
cliquez ici. L'histoire complète du parcours de Marcelino et du programme de Handicap sur Masbate, est racontée dans La Croix, par ici.


Pour finir sur une note bucolique, voici un bateau de pêcheurs de Masbate...



Le trafic de la glace à Masbate


Le trafic de la glace
Vidéo envoyée par sebfarcis

dimanche 30 septembre 2007

Les femmes, égales des hommes dans le business

ON A BEAU LE REPETER, associer les deux notions, les rédactions avaient du mal à y croire, et me répondaient en me disant que c'était quand même "étonnant", "surprenant", voire même "intrigant" : les Philippines sont le seul pays où les femmes sont l'égal de l'homme dans l'économie. C'est à dire, qu'il y a autant de femmes cadres que d'hommes dans le secteur privé. Je précise dans le secteur privé, car quand on inclut le secteur public, les femmes sont 27% plus nombreuses à encadrer des équipes que les cols blancs masculins.
A vrai dire, les convaincre aurait été certainement plus difficile, si je n'avais eu mon grand ami Grant Thornton. Ce compagnon basé dans la très sérieuse City de Londres m'a officialisé la chose, et m'a ainsi grandement facilité la tâche. Ce cabinet d'études international a publié une enquête qui classe l'intégration des femmes dans l'économie privée de 32 pays. Et dans lequel, donc, Ô surprise, les Philippines excellent pour une fois de manière positive. Les pays occidentaux, si aisément appelés développés, font bien pâle figure quand il s'agit de faire travailler les femmes. La France est 17e, le Japon dernier. Merci, allez vous rhabiller.

Alors oui, c'est bien beau de faire travailler les femmes, et en plus de leur donner des responsabilités, on aimerait bien, nous (enfin en théorie) ... mais comment vous faites ?

La recette des Philippines est à l'image du pays : un melting pot d'influences, aussi difficile à copier qu'à expliquer.
Il y a d'abord le premier regard, l'apparence qui semble donner les clés de l'indépendance des femmes actives : les domestiques. Ou, comme j'ai malicieusement réussi à le faire dire à une députée féministe, "le fait d'avoir une femme à la maison qui s'occupe des tâches domestiques et des enfants est un grand facteur de libération... pour les femmes !" Les Philippins sont connus de par le monde pour leurs domestiques qui s'exportent dans les 180 pays du globe. Mais il en reste encore beaucoup au pays ; il y a quelques années encore, 80% des foyers avaient des domestiques. Ce chiffre est tombé à présent à 10%, selon un sondage de TNS-Global. Les femmes actives peuvent, encore, plus facilement se dédier à leur travail, rester tard le soir, et finalement occuper des fonctions d'encadrement gourmandes en temps, car "on n'a pas besoin de courir à la maison s'occuper des enfants ou faire à manger au mari", comme le disait simplement Florencia Tarriela (photo), directrice de la Philippine National Bank, 5e organisme bancaire de l'Archipel. Les femmes délèguent une partie de l'éducation de leurs enfants à des domestiques. Une confiance totale, souvent, envers des employées finement et attentivement choisies.











DEUXIEME ETAGE de la fusée féminine: leur éducation. Les femmes réussissent mieux que les hommes à l'université. 33% des employées féminines ont fait l'université, contre 25% des hommes. La différence est même du simple au double pour les plus hauts niveaux de "post-graduate", qu'ont atteint 20% des femmes contre 10% des hommes. Une des raisons que l'on m'a donné est que les filles, jeunes, sont gardées à la maison, où elles aident leur mère, et sortent moins que les garçons. Donc elles étudient plus.

Enfin, et c'est peut-être le plus simple qui explique le mieux : "les femmes manager sont des mines d'or", me lançait le patron d'une société française d'édition de portails Internet, Anxa, en réalisant à quel point il leur faisait confiance : sur les 10 managers que compte sa société dans l'Archipel, Fabrice Boutain a engagé 9 femmes. "Responsables, innovatrices, très bonnes financières..." : Les femmes philippines sont comme leur pays, un mélange d'influences: Un peu de sang chinois qui donne aux femmes un sens aigu du business ; l'influence espagnole par laquelle les femmes sont responsables au foyer autant que dans leur vie active ; et enfin un libéralisme économique et un pragmatique américain qui les rend assez indépendantes. Et Fabrice de réaliser, sans presque oser l'avouer, qu'il pratique ainsi une discimination positive... envers les femmes !

Si vous voulez en savoir plus :
mes reportages sur le sujet ont été diffusés sur RFI, sur la Radio Suisse Romande,
et sont à paraître dans La Croix de ces jours-ci, dans Challenges de la semaine prochaine, et dans L'Expansion du mois de janvier... quand je vous disais que les rédactions étaient "intriguées" !

dimanche 19 août 2007

A chacun son bout de paradis

Peu de mots, beaucoup d'images. Mais des histoires fascinantes qui se cachent dans cette frontière sauvage des Philippines : Palawan.
Un archipel de plus de 1700 îles, égrainées sur le flan ouest du corps de dragon que forment les iles philippines. Beaucoup de petits bouts de paradis, où il est possible, sachez-le, de mettre un panneau : "paradis privé".
Non pas qu'il faille rendre le paradis privatif, mais dans un pays qui représente le deuxième plus grand archipel du monde, avec plus de 7100 îles, ces bouts de terre émergée ne sont rien de plus que ... des bouts de terrain. Qu'il est donc possible d'acheter : 10, 15, 20 hectares, les îles sauvages aux eaux turquoise existent de toutes les tailles. Mais sont très prisées, soyez-en sûrs, vous n'êtes pas les seuls à rêver !
Les étrangers commencent en effet, dernièrement, à investir dans les îles de Palawan, qui restent encore bien à l'écart du tourisme de masse de Boracay ou d'autres spots du pays. Donc les prix grimpent rapidement : de 15 000 euros l'hectare il y a encore deux ans, les prix ont doublé. Et les îles encore "libres" sont de plus en plus rares. Les îles proposées ne sont pourtant pas forcément autorisées à la vente. Parfois sont elles incluses dans des zones protégées, ou dans des espaces naturels publics interdits à la vente. Les sites internet en proposent en effet des merveilleuses . Et gare à la déconvenue quand le riche investisseur hédoniste viendra sur place se rendre compte des détails.
Mais attention, cher étranger cherchant ici son bout de paradis pour sortir de l'hiver euopéen, sache une dernière chose. Si les prix peuvent paraître bien meilleurs marchés aux Phillippines que dans d'autres archipels de la zone, c'est qu'un frein important s'oppose à l'investissement étranger de masse. Il est en effet impossible pour un étranger d'acheter du terrain à son nom dans le pays. Il doit, pour l'acquérir, par exemple créer une société immobilière qui détiendra ce terrain, et en vendre au moins 60% à un Philippin. Une démarche de confiance qui empêche n'importe quel étranger d'acheter le pays !

En attendant, beaucoup en rêvent, et certains réalisent ce rêve d'enfant. Comme un Français, qui habite depuis plus de 15 ans aux Philippines, et qui a acheté son "bout-de-paradis-entouré-de-coraux-multicolores", à 45 minutes de bateau de la ville de Coron, dans le nord de l'archipel. Où il compte faire un petit resort touristique, pour d'autres amoureux de la nature sauvage ... et isolée !

Petit tour du propriétaire, de cette "île aux rats" (sic) de 15 hectares, sur laquelle je me suis rendu avec lui.
















Quand les noix de coco tombent des arbres, il n'y a plus ... qu'à savoir les ouvrir pour les déguster !














Les fonds autour de cette île sont impresionnants: à quelques mètres de la côte, un courant froid a permis le développement d'une barrière de corail turquoise, violet et vert. Une chose rare, et qui a décidé ce Français à l'acheter.



Pour l'instant, ce paradis de 15 hectares, reste, tout simplement, une île déserte. (Cliquez sur l'image).



Pour écouter le parcours vers cette île et un reportage sur ce marché des îles,
rendez-vous ici.
Et si vous voulez vraiment halluciner ... allez voir la photo aérienne de l'île


Et cette girafe ? ... Elle vit aussi à quelques miles de cette belle île: pour en apprendre plus sur le projet délirant de Marcos, qui a fait venir des girafes, des zèbres depuis le Kenya... poussez ce lien.

mercredi 4 juillet 2007

Mettez les rebelles au pouvoir

Il se présentait depuis sa prison. Accusé de rebellion et de coup d'Etat pour avoir pris la tête d'une mutinerie en 2003 dénonçant la corruption de la présidence, il représente l'un des principaux et dangereux opposants de la présidente Gloria Arroyo, qu'il a osé défier. Coupé du monde par ses barreaux et par les ordres de la présidence qui lui a empêché presque toute apparition dans les médias pendant la campagne, son visage a été totalement absent des télés qui forment les élus. D'ailleurs, même l'opposition ne croyait pas en cet homme.
Antonio Trillanes a pourtant reçu plus de 10 millions de voix lors de l'élection du 14 mai dernier. Et a été élu sénateur des Phillippines. Pour cela, il a reçu le soutien officiel d'une seule personnalité politique, la sénatrice de l'opposition Jamby Madrigal. Il est à ce jour le premier et l'unique sénateur à "siéger depuis sa prison", ce qui n'est déjà pas sans poser de nombreux problèmes législatifs depuis sa proclamation le 30 juin dernier. La chambre haute du Parlement philippin, l'antichambre de la présidence qui ne compte que 24 membres, compte un rebelle dans ses rangs.
Le Lieutenant de la Marine Antonio Trillanes IV, âgé de 36 ans, était bien inconnu avant 2003. Brillant officier, il terminait alors un master en administration publique à l'Université des Philippines. C'est sûrement là qu'il a commencé à se préoccuper des dysfonctionnements de la chose publique dans le pays, et particulièrement dans l'armée, qui est très souvent accusée de corruption. Il a d'ailleurs publié deux notes détaillant les incompétences du système militaire, à des moments-clé comme lors du kidnapping des touristes occidentaux par Abou Sayyaf en 2001.
Il ne s'est donc pas arrêté là. En 2003, il mena ainsi le "rebellion d'Oakwood" avec 320 autres officiers, mutinerie plus médiatique que militaire, qui a consisté à inviter les médias dans le grand hôtel Oakwood du quartier d'affaires de Manille, qu'ils avaient occupé et apparemment équipé d'explosifs. De là, il décrivit la corruption des chefs de l'armée et organisée par la présidente Gloria Arroyo, favorisant les actions de terreur et les groupes rebelles, et qui aurait été sur le point de déclarer ainsi la loi martiale. Cette rebellion n'aura duré que 18 heures, sans blessés, ni trop de dommages immédiats pour la présidence.
Un an après, la moitié de ces officiers se sont excusés, et ont été graciés. Antonio Trillanes a maintenu ses accusations, et continué à attendre son procès civil et en cour martiale dans une geôle des marines. Où, progressivement, il gagnait en popularité.
A la veille de l'élection du 14 mai dernier, certaines sources m'affirmaient qu'il avait l'adhésion de 98% des militaires, soit l'un des piliers du pouvoir aux Philippines. Une popularité aussi très "populaire" : les chauffeurs de taxis, les ouvriers, avouaient qu'ils croyaient en cet homme. Et c'est ainsi qu'il s'est élevé à l'un des postes les plus convoités de la politique du pays, recueillant l'adhésion de plus d'un électeur sur quatre, et créant ainsi l'"effet Trillanes", qui étonna tout le monde, des médias aux politiques: celui d'un homme qui dénonce un système corrompu et auto-reproduit, familial et auto-protecteur, où la triche et la manipulation des scrutins est légion, et qui, en plus, arrive à se fait élire.

Pour en savoir plus :
Le site officiel de la candidature d'Antonio Trillanes
Des vidéos de sa campagne depuis sa cellule
Une lettre ouverte de Trillanes dénonçant la politique de calomnie menée par l'administration contre lui