mardi 5 mai 2009

Les Philippines, carrefour de la contrefaçon ?


C'est un spécialiste membre du groupe de recherche Pacific Strategies and Assessement, qui a avancé cette possibilité : "les Philippines pourraient se transformer en un carrefour de la contrefaçon en Asie du Sud est."

L'archipel est en effet l'un des champions de la région en termes de violation du droit de la propriété intellectuelle. Par exemple dans le domaine digital : 90% des films et 70 % des logiciels utilisés sont des copies pirates ! Pas mal !

Et cet archipel, qui compte en plus la 2e plus large étendue de côtes au monde (après l'Indonésie), rend la surveillance aux frontières complètement aléatoire. Voire "lamentable", ajoute ce spécialiste.

Comme pour ce stand, situé dans le quartier populaire de Quiapo, les DVD pirates sont vendus en pleine rue, dans la - très - bonne humeur, sans se préoccuper d'éventuelles descentes de police. Celle-ci a sûrement mieux à faire....

Pour écouter mon récent reportage sur la croissance de la contrefaçon aux Philippines, suivez-moi ici.

jeudi 2 avril 2009

Les Escadrons de la mort de Davao : Des meurtres passés sous silence


Peut-on tuer les tueurs ? Doit-on assassiner les meurtriers, pour faire régner l'ordre dans des situations difficiles ? Et surtout : Peut-on accepter l'assassinat de centaines de criminels pour assurer l'ordre et la sécurité du plus grand nombre ?

C'est la question qui se pose pour moi autour de ce qu'on appelle les Escadrons de la Mort de Davao. Ces groupes tuent depuis plus de dix ans les petits criminels de la ville de Davao, au sud de l'île de Mindanao. Sans aucune intervention de la police, de la justice, ces criminels sont condamnés à la peine de mort, sans procès.

Nous en sommes à plus de 850 morts en dix ans. Et pas un coupable.
Lundi et mardi dernier se sont tenus les premières auditions publiques de la commission des droits de l'homme depuis que ces Escadrons ont commencé. Leur but : demander des explications au maire, Rodrigo Duterte, qui règne sur la ville depuis 20 ans, et qu'on accuse de les organiser, ou tout du moins de les tolérer depuis trop longtemps.

Mais par-delà le problème humanitaire, c'est cette situation lancinante de sécurité publique qui me fascine dans un sens des plus sordides et machiavéliques : Les habitants de Davao acceptent ces meurtres, tolèrent ces assassinats, "car après tout ce sont des criminels, et que surtout, le maire a ainsi réussi à rétablir l'ordre sur Mindanao. Regardez autour, il y a des bombes, des braquages, des assassinats. Ce n'est pas le cas chez nous", dit l'homme de la rue, qu'il soit pauvre ou de classe moyenne.

Donc je vous renvoie cette quetsion : Si nous vivions dans une ville secouée depuis 40 ans par les conflits entre l'armée philippine, une guerrilla communiste et une rébellion musulmane, serions-nous prêt à tolérer la mort de centaines de petits criminels ?

Pour avoir des éléments de réponse à cette question effrayante, et partir à la découverte de ces Escadrons de la mort de Davao, suivez-moi dans ce Grand Reportage, à l'écoute des victimes, des témoins de ces meurtres, et surtout du maire, qui fait régner l'ordre comme un justicier solitaire. C'est ici que le voyage commence.

Et ensuite, n'hésitez pas à laisser des commentaires sur ce blog. A bientôt !

Photo : Clarita Alia, dans le cimetière où elle a enterré 4 de ses enfants, assassinés par les Escadrons de la mort, alors qu'ils étaient âgés entre 15 et 18 ans.

lundi 23 mars 2009

Ces centres d'appels qui profitent de la crise !

On sent le vent de la crise dans le centre du Makati Business District, ou dans les tours d'Ortigas, les deux hubs des centres d'appels philippins. Dans beaucoup de ces entreprises, on est débordés par la demande. "Les clients américains ont une pression encore plus forte pour réduire leurs coûts. Du coup ils n'ont plus le choix : ils délocalisent toute l'activité qu'ils peuvent", explique calmement Rienzi Ramirez, le directeur des opérations de 24/7 Customer.

Avant, ces décideurs répartissaient, gardaient encore le sens patriotique, laissaient donc quelques emplois chez eux, aux Etats-Unis. Aujourd'hui, un double effet semble briser cet équilibre : la récession brutale en Amérique du Nord, d'abord, où des secteurs comme la banque sont fortement touchés. Ceux-ci ne cherchent cependant pas à réduire leur service-clientèle, pour ne pas perdre ces clients. Et en toile de fond, le deuxième élément : la délocalisation de ces services est à présent acceptée. Les 5000 employés de 24/7 Customer n'ont plus à cacher qu'ils répondent au téléphone depuis les Philippines, comme c'était le cas il y a quelques années.

Ces deux éléments participent au succès par temps de crise, du secteur du Business Process Outsourcing aux Philippines, qui a connu déjà plus de 25% de croissance en 2008. Oscar Sanez, le président de l'association philippine des services délocalisés, prévoit de largement dépasser les 30% en 2009.

La société 24/7 Customer, elle, a vu son chiffre d'affaires bondir de 60% depuis octobre 2008. La crise a toujours quelques avantages ...

Pour entendre le reportage au coeur de ce monde des centres d'appels, venez ici, sur le site de France Info.

mardi 3 mars 2009

Journalistes assassinés : le triste record des Philippines

Les Philippines ont un triste record : celui de l'assassinat des journalistes. Le chiffre est tellement élevé que suivant les années, on compare l'archipel aux pays en guerre... quand je suis venu chercher ma carte de presse à Manille pour la première fois en 2006, les Philippines étaient le deuxième pays le plus dangereux pour les journalistes ... après l'Irak ! Le compte est aujourd'hui à 63 journalistes assassinés depuis l'arrivée de Gloria Arroyo au pouvoir en 2001.

Il n'empêche : je suis toujours là, loin d'être menacé, et la presse est particulièrement libre et bonne dans cette ancienne colonie des Etats-Unis. Les Philippins auront au moins hérité d'une chose bénéfique : la culture libérale de la liberté d'expression.

Certains paient le prix de cette velléité de liberté, plus que moi qui rapporte pour des médias étrangers. Mais la situation est complexe dans beaucoup de cas, et tous ne sont pas assassinés pour empêcher de fumeuses révélations : tous ces journalistes sont dans les provinces, où ils vivent avec peu de revenus. Ils sont donc vulnérables aux avances des hommes politiques. Cela brouille parfois les cartes, et les expose d'autant plus.

C'est le cas du dernier journaliste assassiné, Ernesto Rollin, sur lequel j'ai enquêté pour le Centre de Doha, un centre de défense et de soutien des journalistes dans le monde, récemment fondé par Robert Ménard.


jeudi 19 février 2009

Renconvertis par la crise !

Ils sont diplômés en gestion, en comptabilité et en commerce en général. En temps normal, c'est-à-dire il y a un an, ils ont quitté les Philippines, lâché leur nouveau travail de comptable pour aller travailler à l'étranger. Comme manutentionnaires. A Taïwan, ils ont pu gagner une centaine d'euros de plus, à travailler à la chaîne comme ouvrier. Ils rentraient ainsi dans la liste de ce million de héros qui partent chaque année des Philippines sacrifier leur quotidien pour assurer celui de leur famille restée au pays.

Mais les temps anormaux sont arrivés, et cet état d'esprit de l'émigration à tout prix a pris un coup dans l'aile. Plus de 800 de ces ouvriers philippins de Taiwan ont été mis a la porte ces derniers mois, obligés de revenir au pays, la mine basse et la honte inscrite sur leur visage, d'avoir échoué dans cette "mission salvatrice".











Pourtant, dans cette crise de confiance et dans la turbulence de ce retour, j'ai vu des sourires. Ceux des ancien émigrés qui venaient d'être intégrés dans une formation mise en place par le ministère de l'emploi, afin de les aider à monter un petit commerce. Le pari est ciblé, quand on sait que ceux choisis sont déjà bien qualifiés. Mais ils ont besoin d'un coup de pouce, de quelques conseils essentiels de gestion, et surtout d'une bonne dose de "remise en confiance", pour convertir cet échec en nouveau succès potentiel. C'est ce genre de paroles provocatrices que leur lance Carl Balita, un consultant à contre-courant, qui a commencé ces premières formations.

Vous pouvez écouter les témoignages des premiers émigrés renconvertis par la crise, dans ce reportage.

mardi 3 février 2009

Un sourire en passant

Je ne résiste pas à vous laisser un sourire en passant, celui que l'on est obligés d'afficher en passant devant ce panneau. Accroché à une porte, il montre bien à quel point les Philippins oublient de se prendre au sérieux !

Par ces temps de crise, cela fait toujours du bien, non ?

Pour comprendre un peu d'où vient ce sourire intriguant et persistant des Philippins, venez donc écouter, ou réécouter, ce reportage sur la recette du bonheur des Philippins.

mercredi 24 décembre 2008

Joyeuses Fêtes depuis le ciel de Palawan

Suite au reportage sur les perles de Palawan dans le post précédent, voici un "no comment". Tout en images, le survol de plusieurs iles du nord de l'archipel, entre deux fermes perlières.

Une manière de vous souhaiter de JOYEUSES FÊTES !!


Palawan en hélicoptère léger
Vidéo envoyée par sebfarcis

Survol du nord de l'archipel de Palawan entre deux fermes perlières. Philippines

vendredi 5 décembre 2008

Les perles du bout du monde



C'est un reportage du bout du monde. D'un bout de terre sauvage où un Breton est allé planter des huîtres il y a plus de 20 ans, et recueille aujourd'hui, poignée par poignée, des perles d'or. Jacques Branellec a installé entre les îles sauvages de Palawan des fermes perlières isolées de tout, et a même demandé à des centaines de personnes de venir se perdre dans cette forêt luxuriante pour y travailler. C'est ce qu'ils ont fait depuis lors.


Le voyage est étonnant, pendant lequel on découvre la naissance de la perle dorée, si rare et si difficile à faire éclore en culture, produite et vendue par sa société, Jewelmer.
Ce Breton y est arrivé il y a une dizaine d'années. L'environnement dans lequel il l'a fait laisse aussi rêveur que la magie qui fait apparaître des joyaux dorés au milieu du Pacifique.

Je vous laisse donc admirer ces images prises la plupart depuis l'hélicoptère qui nous emmenait de ferme en ferme.






















Voici le résultat de près de 5 ans de travail sur une huître : une perle dorée.


et voici les résultats d'une récolte.




mercredi 19 novembre 2008

Dans la vie des chercheurs d'or

C'était d'abord un regard. Deux regards, tellement ressemblants, du père et du fils. Ce lien de parenté a été plus fort que leur sort, car c'est le père, Mario, qui a réussi à sauver son fils, Jayson, emprisonné dans la mine d'or d'Antamok, par plus de 200 mètres de fond. Jayson y est resté 8 jours, il a survécu en mangeant son T-shirt, et en priant, alors que les membres de sa famille qui étaient descendus avec lui chercher quelques pépites, mouraient l'un après l'autre dans cet antre où plus aucune lumière n'était présente depuis le 3e jour de cette captivité infernale.

Mario a dû apprendre en 3h à se servir de tout l'équipement de plongée et du matériel de sauvetage, et il est parti guider les militaires de la marine philippine dans les couloirs inondés de la mine, à travers une eau toxique sans aucune visibilité, à tatons. Le typhon Nina avait inondé une partie des couloirs de cette mine désaffectée. Les quelques mineurs indépendants qui avaient bravé le bon sens, pour descendre dans ces couloirs d'Antamok - au nord des Philippines, près de Baguio -, y sont rapidement restés bloqués. Ils étaient 16 à y entrer. Seulement 10 en sont sortis vivants. Tous les corps ont été récupérés, pour ne pas laisser leurs esprits hanter le lieu.









Jayson, lui, ne doit qu'à la résistance de son corps de 20 ans, de ne pas être mort asphyxié comme les 6 autres membres de sa famille qui l'accompagnaient. Son regard reste marqué dans ma mémoire, peut-être parce qu'il semble trop doux et innocent pour être celui d'un mineur qui risque sa vie par 200 mètres de fond. Peut-être aussi parce que ses paroles étaient rares, comptées, timides, pudiques. Quelques mots pour exprimer l'emprisonnement, le doute, l'angoisse, la folie proche. La mort. Il n'exprimera pas le traumatisme de ces 8 jours passés dans le noir. Son corps a dû être cependant lavé des bouts d'habits et de l'eau toxique que son estomac avait gardés de cette expérience.

Jayson, comme tous les autres survivants - sauf un - veut retourner travailler dans ces mines d'or. Dans ces mêmes conditions, précaires et dangereuses, qui leur ont fait côtoyer la mort. Ils changeront seulement de galerie, d'endroit. Un peu plus loin, ils repartiront, de père en fils, gagner presque 10 euros par jour et par personne, le double d'un salaire minimum local, qui leur un revenu qui leur fait oublier qu'ils peuvent perdre leur vie à la gagner.

Ci-dessous, 13 grammes d'or. Près de 190 euros, soit l'équivalent d'un mois réussi pour un de ces chercheurs d'or.


Pour écouter le témoignage de Jayson, et l'histoire des survivants de l'accident de la mine d'Antamok fin septembre, allez écouter ce reportage sur Radio Vatican (Eh oui, on varie un peu les sources :)

Et de manière plus détaillée, cet article dans La Croix

mardi 18 novembre 2008

Un visa illimité si vous créez des emplois

Voilà une mesure qui aurait plu à Nicolas Sarkozy : Gloria Arroyo vient de signer un décret qui offre aux étrangers venant aux Philippines, la possibilité d'obtenir un visa illimité, multiples entrées, si celui-ci fournit du travail à 10 Philippins. C'est ce qui s'appelle de l'"immigration choisie", assez cocasse pour un pays qui est plutôt connu pour son émigration !

Le but est de relancer l'investissement étranger par ces temps de crise, dans un pays légèrement en retard dans ce domaine , par rapport à d'autres pays de la région, selon The Inquirer/

C'est peut être le moment de venir gouter au charme du travail aux Philippines...!